Le processus du deuil animal : une réalité psychologique à reconnaître

Perdre un animal est une expérience profondément douloureuse, parfois aussi intense, voire davantage selon les individus, que la perte d’un proche humain. Pourtant, le deuil animal reste souvent minimisé par la société, et parfois même par notre entourage, ce qui amplifie considérablement la détresse ressentie.

Le deuil animal peut être défini comme un « état affectif douloureux provoqué par la mort d’un être aimé » et correspond à « la période de douleur et de chagrin qui suit cette disparition » [1]. Ce lien unique, nourri par un amour inconditionnel et une affection sans jugement, rend cette perte particulièrement déchirante. Pour beaucoup, leur animal n’est pas simplement une compagnie comme pourrait l’indiquer le terme « animal de compagnie » ; il est un ami, une moitié, un membre à part entière de la famille, un confident silencieux…

De nombreuses études en psychologie reconnaissent désormais pleinement l’importance et la légitimité du deuil animal [2]. Celles-ci montrent clairement que ce processus déclenche des réactions émotionnelles, physiques et psychologiques similaires à celles d’un deuil humain. Ainsi, il devient essentiel d’accorder au deuil animal la même considération, la même empathie et le même accompagnement qu’à tout autre deuil.

Photo d'un trèfle sur un poignet avec le prénom d'un animal envolé


Dans cet article, nous allons explorer ensemble ce deuil unique, en comprendre les étapes précises, la singularité du lien humain-animal, les risques psychologiques potentiels, mais aussi vous proposer des conseils et ressources concrètes afin de traverser cette épreuve avec douceur et bienveillance.

Les différentes étapes du deuil

Selon le modèle psychologique bien connu d’Elisabeth Kübler-Ross [3], initialement développé pour comprendre le deuil humain mais aujourd’hui reconnu applicable au deuil animal, on distingue plusieurs étapes caractéristiques. Il est important de rappeler que ces étapes ne sont pas forcément linéaires ni vécues de la même façon par chacun, ils ne constituent pas une loi absolue. 

  1. Le choc et le déni
    Après l’annonce ou la découverte de la perte, la personne ressent souvent une profonde sidération, une impression d’irréalité. Ce mécanisme permet au cerveau de gérer temporairement la douleur insoutenable en la tenant à distance.

  2. La colère
    Cette étape survient quand la réalité commence à être pleinement ressentie. La colère peut être dirigée vers soi-même (sentiment de culpabilité ou d’impuissance), vers les vétérinaires, les proches ou simplement envers la situation perçue comme injuste.

  3. La négociation (ou marchandage)
    Moins souvent citée dans le deuil animal, cette étape existe néanmoins chez certains. Elle se manifeste sous forme de pensées répétitives sur ce qui aurait pu être fait différemment (« si seulement j’avais consulté plus tôt », « et si j’avais essayé un autre traitement ? »). Elle accentue souvent la culpabilité ressentie.

  4. La tristesse ou dépression
    À cette étape, la tristesse profonde s’installe durablement. Elle peut s’accompagner de pleurs fréquents, d’une perte d’appétit, de troubles du sommeil ou d’une désorientation dans la vie quotidienne. C’est souvent la période la plus longue et difficile à traverser.

  5. L’acceptation et la reconstruction
    L’acceptation ne signifie pas oublier son animal, mais plutôt apprendre à vivre avec son absence. La douleur devient progressivement moins aiguë, laissant place à une reconstruction émotionnelle. On peut alors commencer à honorer le souvenir de l’animal disparu, réintégrer sa vie quotidienne et envisager de nouveaux projets.

Chaque étape nécessite du temps, de la bienveillance envers soi-même et de la patience. Les phases n’étant pas linéaires, elles peuvent être simultanées, mélangées, mais elles constituent tout de même de bons indicateurs d’états tout à fait normaux dans le processus du deuil.

Le lien humain-animal : pourquoi cette perte est-elle unique ?

La perte d’un animal est unique et indescriptible. Seuls ceux qui l’ont vécu peuvent mesurer ces mots à leur juste valeur. L’amour partagé entre un gardien et un animal est pur et inconditionnel, à l’inverse de la société et des liens humains qui sont souvent conditionnels, structurés, et complexes. Bien qu’il manque aux animaux le langage, la majorité des gardiens se rassemblent pour dire que les animaux communiquent, et qu’ils se sentent souvent bien plus compris, aimés et acceptés auprès d’eux. Cette affection et ce lien absolu constituent un soutien émotionnel majeur dans la vie quotidienne.

La relation avec notre animal est incomparable, on partage une intimité tout à fait différente de celle qu’on pourrait partager avec notre famille, notre conjoint(e) ou nos amis. L’animal se présente comme une présence constante, quotidienne et rassurante. Il est là dans chaque moment, joyeux ou difficile. Le vide laissé par son départ est profond et brutal. 

Il n’est plus à prouver que les animaux sont fantastiques pour la santé mentale des humains. De nombreuses études scientifiques [4] confirment qu’ils jouent un rôle thérapeutique précieux, réduisant le stress, la solitude tout en augmentant le bien-être émotionnel. Les thérapies par le biais des animaux fleurissent d’ailleurs à grande vitesse puisque leur potentiel est immense. 

Peu importe qui nous sommes, nous pouvons nous accorder sur le fait que nous sommes pleinement nous-mêmes auprès de notre animal, nul besoin de masques et faux semblants. Il connaît toutes nos facettes et toutes nos bizarreries. Cette acceptation complète rend leur perte particulièrement douloureuse, car cela implique que nous perdions un être avec qui l’on se sentait complètement en sécurité. 

Les risques psychologiques du deuil animal

La perte d’un animal ne doit jamais être minimisée, car elle comporte des risques psychologiques réels et sérieux, comparables à ceux d’un deuil humain. Selon la psychologue Dre Annique Lavergne, plusieurs réactions psychologiques peuvent accompagner cette perte, notamment :

  1. Anxiété et stress intense :
    La perte brutale ou la maladie prolongée d’un animal peut engendrer des symptômes anxieux forts, comme des troubles du sommeil, une hypervigilance, ou encore une inquiétude constante concernant les soins prodigués à l’animal.

  2. Dépression :
    Le deuil animal peut déclencher un épisode dépressif caractérisé par une profonde tristesse, une perte d’intérêt pour les activités quotidiennes, de l’apathie, voire une dégradation significative du fonctionnement quotidien.

  3. Isolement social :
    Du fait de la minimisation fréquente du deuil animal par la société, de nombreuses personnes préfèrent s’isoler plutôt que d’affronter le manque de compréhension ou les remarques dévalorisantes de leur entourage. Cet isolement accentue encore davantage leur souffrance.

  4. Sentiment intense de culpabilité :
    La culpabilité est fréquente, surtout lorsqu’il a fallu prendre des décisions médicales difficiles (comme l’euthanasie). Ce sentiment peut prolonger le processus de deuil et nuire à la guérison émotionnelle.

  5. Risque de deuil compliqué ou pathologique :
    Selon des études récentes, le manque de reconnaissance sociale et l’absence de soutien adéquat peuvent conduire à un deuil prolongé ou pathologique, empêchant la personne endeuillée de retrouver un équilibre émotionnel et affectif sain.

D’autres points sont également importants à souligner : 

Difficulté à envisager l’avenir :
La perte d’un animal qui occupait une place majeure dans la vie quotidienne peut provoquer un sentiment de vide existentiel et rendre difficile toute projection vers l’avenir, compliquant encore davantage la phase de reconstruction.

Impact sur la santé physique :
Les conséquences émotionnelles peuvent se manifester physiquement : baisse de l’immunité, fatigue chronique, douleurs musculaires, troubles digestifs ou du sommeil.

Il est essentiel de reconnaître ces risques psychologiques afin de mieux comprendre et valider son propre vécu. Cela permet aussi de reconnaître à quel moment une aide extérieure appropriée et bienveillante pourrait être nécessaire.

Conseils et ressources

Traverser la perte de son animal peut être extrêmement éprouvant. Toutefois, certains outils, conseils et ressources peuvent vous aider à mieux gérer votre douleur et traverser ce processus difficile.

Accueillir et exprimer ses émotions

  • Reconnaissez pleinement vos émotions sans jugement, laissez vous traverser : colère, tristesse, culpabilité, ces émotions sont normales et même saines dans un tel processus
  • Écrivez régulièrement dans un journal, réalisez des dessins intuitifs, créez un carnet de souvenirs en hommage à votre animal
  • Connectez vous au vivant et à la vie, marchez dans la nature, même 10 minutes…

Créer des rituels symboliques

  • Organisez une cérémonie pour votre animal
  • Créez un petit autel avec sa photo et des objets et recueillez y vous autant que besoin
  • Allumez des bougies, laissez une feuille et écrivez tout ce que vous voulez lui transmettre

Prendre soin de soi physiquement et émotionnellement

  • Tentez au mieux, même s’il s’agit uniquement d’un ou deux élément dans la journée, de maintenir des routines quotidiennes (repas réguliers, sommeil, mouvement)

Parler et partager votre expérience

  • Échangez avec des proches compréhensifs ou rejoignez des groupes dédiés au deuil animal
  • Parlez à voix haute pour vocaliser vos émotions, même tout seul(e), la voix aide à ressentir, conscientiser et cheminer.

Parce que traverser un deuil est difficile, vous pouvez rejoindre notre groupe Facebook spécialement créé pour vous permettre d’échanger librement, en toute sécurité, avec des personnes vivant la même expérience. Vous y trouverez écoute, soutien et compréhension, sans aucun jugement. Des publications régulières sont postées dessus avec exercices, conseils, partages et ressources ! 

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Je prépare actuellement des ressources conçues pour vous accompagner à travers ce lourd processus, elles seront mises gratuitement à disposition. Si cela vous intéresse, restez informés ou inscrivez-vous à ma newsletter pour en être informé(e) en avant-première. 

Si vous vous trouvez dans le besoin, n’hésitez pas à m’écrire un message par le biais du formulaire ou à m’envoyer un mail.

Conclusion

Traverser le deuil de son animal est une expérience profonde et unique. Ce que vous ressentez est légitime, important, et mérite d’être reconnu à sa juste valeur. Se donner le droit de ressentir pleinement cette douleur, sans jugement ni culpabilité, est essentiel pour amorcer un chemin de guérison intérieure.

Rappelez-vous que chaque deuil est unique, et qu’il n’existe pas de bonne ou de mauvaise façon de le vivre. Prenez le temps nécessaire, soyez doux envers vous-même, et n’hésitez jamais à demander de l’aide. Vous n’êtes pas seul(e) dans cette épreuve, et des ressources, des personnes bienveillantes ainsi qu’une communauté compréhensive sont là pour vous soutenir tout au long de ce parcours émotionnel intense.

Votre animal restera toujours vivant dans votre cœur et votre mémoire. Honorer son souvenir et l’amour partagé est un précieux cadeau pour poursuivre votre chemin de vie avec douceur et résilience.

Avec toute ma compassion, 

Coline

“Je suis Coline, communicante et accompagnatrice du deuil animal. Ici, on parle de bien-être animal, de deuil et du lien profond qui nous unit au vivant”

Sources

[1] “Le deuil” de Marie-Frédérique Bacqué et Michel Hanus, publié dans la collection “Que sais-je ?”

[2] Étude de Sandra Barker et Randolph Barker (1988)
Thèse de Dre Annique Lavergne
Étude de l’université de l’Alberta (2021)

[3] “On death and dying” de Elisabeth Kübler-Ross en 1969

[4] Étude de Friedmann et al. (1980) – Effets des animaux sur la santé cardiaque
Étude de Barker et Dawson (1998) – Thérapie assistée par l’animal
Étude de Beck & Katcher (2003) – Effets sociaux et émotionnels
Étude de Odendaal & Meintjes (2003) – Libération d’hormones du bien-être
Étude de Kamioka et al. (2014) – Revue systématique sur la thérapie assistée par l’animal

[5] “Le deuil suite à la perte d’un animal de compagnie” Dre Annique Lavergne

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