La culpabilité dans le deuil animalier
La perte d’un animal peut faire naître de nombreuses émotions : tristesse, colère, incompréhension, sentiment de vide, parfois du soulagement selon le contexte. Parmi elles, la culpabilité occupe une grande place.
La culpabilité dans le deuil animalier : de quoi parle-t-on ?
On entend beaucoup parler de la culpabilité dans le cadre du deuil animalier, mais avant de plonger dans ce sujet, revenons sur sa définition. Le dictionnaire Larousse donne la définition suivante : « Sentiment de faute ressenti par un sujet, que celle-ci soit réelle ou imaginaire ».
La culpabilité peut apparaître après une euthanasie, une maladie, un accident ou une disparition. Elle peut concerner les derniers instants, mais aussi revenir sur des évènements bien plus anciens : une consultation vétérinaire qu’on aurait aimé faire plus tôt, un signe que l’on pense ne pas avoir remarqué, une absence, une décision médicale, ou simplement le sentiment de ne pas avoir suffisamment profité du temps passé ensemble.
Pourtant, ressentir de la culpabilité ne veut pas nécessairement dire avoir commis une faute.
Une étude fort intéressante a été menée sur le sujet. Les travaux portent plus généralement sur la culpabilité ressentie en tant que « pet-parent » durant la vie de son animal. Ces travaux de Kogan et al. (2022), Disenfranchised Guilt—Pet Owners’ Burden, montrent que la culpabilité possède à la fois une dimension émotionnelle et cognitive : nous pouvons nous sentir coupables lorsque nous pensons que nos actions, nos décisions ou nos omissions ont eu une conséquence négative.
Un dommage réel n’a pas nécessairement besoin d’avoir eu lieu pour que cette culpabilité nous habite : la perception d’avoir pu faire du mal peut suffire à faire naître la culpabilité.
La culpabilité n’est pas présente dans tous les deuils animaliers. Les recherches montrent néanmoins qu’elle constitue une expérience émotionnelle récurrente dans l’expérience des personnes endeuillées.
Une revue qualitative de la littérature scientifique sur le deuil animalier Cleary et al. (2022), Grieving the loss of a pet: A qualitative systematic review l’identifie ainsi parmi les grands thèmes retrouvés dans les témoignages des personnes ayant perdu un animal.
Pourquoi la culpabilité est si présente dans le deuil animalier ?
La relation que nous entretenons avec un animal possède une particularité importante : nous sommes responsables d’une grande partie de son existence.
Nous choisissons son alimentation, son environnement, ses soins, ses enrichissements, ses activités, ses lieux de repos, ses consultations vétérinaires. Nous décidons parfois d’accepter ou de refuser un traitement, une opération ou une hospitalisation. Nous devons observer son état et tenter de comprendre les signes qu’il ne peut pas expliquer avec des mots. L’animal dépend donc très largement de nous.
Cette responsabilité peut devenir particulièrement lourde après son départ. Lorsque quelque chose arrive à un être dont nous avions la responsabilité, il peut être naturel de revenir sur ce que nous avons fait ou sur ce que nous pensons ne pas avoir fait suffisamment.
« Aurais-je dû remarquer quelque chose ? »
« Pourquoi ai-je attendu avant de consulter ? »
« Est-ce que j’ai choisi le bon traitement ? »
« Est-ce que j’ai suffisamment été présente pour lui ? »
Dans leurs travaux, Leonhardt-Parr et Rumble ( Coping with Animal Companion Loss: A Thematic Analysis of Pet Bereavement Counselling ) retrouvent justement la culpabilité, les doutes et les regrets parmi les difficultés rencontrées par les thérapeutes spécialisés dans le deuil animalier, notamment autour des décisions de fin de vie.
La culpabilité peut également concerner des éléments beaucoup plus ordinaires de la relation. L’étude de Kogan et ses collègues que nous avons déjà citée plus haut montre que les personnes peuvent culpabiliser du temps ou de l’attention accordés à leur animal, du fait de le laisser seul, d’avoir eu moins de temps à certains moments pour jouer, de leurs absences ou encore de certains aspects liés à sa santé.
Cette étude ne porte pas directement sur le deuil, mais elle permet de mettre en avant que la culpabilité peut déjà exister à l'intérieur de la relation. Après la mort, certains souvenirs peuvent prendre une autre dimension. Une absence autrefois considérée comme banale peut se transformer en « J’aurais dû passer davantage de temps avec lui ». Un délai de quelques jours avant une consultation peut devenir « Et si j’y étais allée immédiatement ? »
Il me semble crucial de distinguer deux choses : avoir été responsable d’un animal et avoir été capable de tout contrôler.
Nous pouvons être responsables et prendre soin d’un être vivant, sans avoir le pouvoir d’empêcher sa maladie, son vieillissement ou sa mort.
Les « et si… » : quand le cerveau tente de refaire l’histoire
Après son départ, une même scène peut revenir encore et encore. « Et si j’avais consulté plus tôt ? », « Et si j’avais accepté cette opération ? », « Et si j’avais refusé cette intervention ? », « Et si j’avais attendu un jour de plus avant l’euthanasie ? », « Et si au contraire, j’avais pris cette décision plus tôt ? ».
La psychologie appelle cela des pensées contrefactuelles. Elles consistent à imaginer une version alternative d’un événement réel. Nous savons ce qui s’est produit, mais notre esprit construit un scénario dans lequel une décision différente aurait pu conduire à une autre issue.
Les recherches sur le deuil humain montrent que ces pensées sont extrêmement fréquentes après une perte, et qu’elles se dirigent souvent vers nos propres actions ou omissions.
Une étude récente sur le deuil (Eisma et al. (2026), Undoing death: Counterfactual thinking and emotional adaptation to bereavement ) a par exemple montré que la grande majorité des pensées contrefactuelles étudiées imaginaient une issue meilleure que celle qui avait réellement eu lieu. Une part importante concernait ce que la personne endeuillée aurait pu faire différemment pour empêcher la mort.
Bien que ces recherches concernent le deuil humain et non pas animalier, elles permettent d’éclairer ce que peuvent représenter tous ces « Et si » qui apparaissent après la perte d’un animal. Ces pensées peuvent avoir différentes fonctions : notre esprit peut chercher une explication à quelque chose de difficile à comprendre, il peut tenter d’identifier le moment précis où les évènements auraient pu prendre une autre direction. Il peut également essayer de retrouver une forme de contrôle face à une situation devenue définitivement irréversible.
Ces pensées font partie de la manière dont nous tentons de comprendre ce qui nous est arrivé. Mais lorsqu’elles deviennent envahissantes, continuelles, anxiogènes, elles peuvent compliquer le travail du deuil.
La nature de la mort change l’expérience du deuil : mort naturelle, maladie, disparition, décision d’euthanasie
Toutes les morts ne laissent pas les mêmes questions derrière elles. La maladie, l’accident, la disparition, la mort naturelle ou l’euthanasie peuvent créer des expériences très différentes dans le vécu de la perte mais aussi dans le deuil.
La maladie
Lorsqu’une maladie précède la mort, le parcours peut être rempli de décisions, de doutes, de vigilance, de moments difficiles avec les traitements, les consultations, les soins. Il faut parfois interpréter des symptômes, réaliser des examens, choisir entre plusieurs traitements, évaluer la qualité de vie ou déterminer jusqu’où poursuivre les soins.
Et lorsque notre animal meurt, chacune de ces décisions peut être revisitée avec les informations que nous possédons désormais. Il peut être difficile de se souvenir qu’au moment où les choix ont été faits, nous n’avions pas autant d’informations à disposition.
La maladie peut également provoquer un deuil anticipé. Le deuil ne commence pas toujours au moment où notre animal nous quitte. Dans le cas d’une maladie, la réalité de la perte commence avant le départ, alors même que l’espoir, les soins, les doutes, la fatigue, les décisions médicales occupent le quotidien.
La mort soudaine ou accidentelle
Une mort brutale laisse peu ou pas de temps pour apprivoiser cette réalité. Elle peut également provoquer de nombreuses questions, ce qui aurait pu empêcher l’accident, ce que nous aurions pu remarquer, ce que nous aurions dû faire autrement.
Certaines recherches consacrées au deuil animalier retrouvent une association entre des décès inattendus et des émotions telles que la culpabilité ou la colère.
Le caractère soudain de la mort peut rendre particulièrement difficile l’intégration de la réalité de la perte et compliquer le travail du deuil.
La disparition
Lorsqu’un animal disparaît, une autre difficulté apparaît : l’absence de certitude. La personne ne sait pas nécessairement ce qui est arrivé. Est-il vivant ? A-t-il souffert ? Est-il quelque part ? Aurait-il pu être retrouvé ?
Cette absence de réponses peut entretenir durablement des questionnements, créations de scénarios et recherches d’explications. Leonhardt-Parr et Rumble que nous avons déjà cités rapportent notamment que l’incertitude entourant la disparition d’un animal peut être source de culpabilité chez certaines personnes endeuillées.
De la même manière que la mort brutale, la disparition peut rendre compliqué l’intégration de la situation et retarder voire figer le travail de deuil.
L’euthanasie
L’euthanasie constitue une situation très particulière. Nous parlions précédemment de la responsabilité qui repose sur nous en tant qu’humain et protecteur de notre animal.
Dans le cas d’une euthanasie, la personne ne fait pas simplement face à la mort de son animal, elle doit participer à une décision concernant le moment où elle aura lieu. Cette responsabilité peut être extrêmement lourde.
« Est-ce trop tôt ? »
« Est-ce trop tard ? »
« Souffre-t-il suffisamment pour que cette décision soit justifiée ? »
« Existe-t-il encore quelque chose à essayer ? »
L’étude de Bussolari et al. ( The euthanasia decision-making process: A qualitative exploration of bereaved companion animal owners ) apporte une nuance importante car sur 672 personnes interrogées à propos de l’euthanasie de leur animal :
Une autre étude publiée en 2025 (Silva, Santos & Barbosa (2025), Euthanasia and prolonged grief: A cross-sectional study with bereaved pet owners ) démontre que les personnes ayant dû prendre une décision d’euthanasie pour leur animal ne présentaient pas nécessairement davantage de culpabilité que celles ayant vécu une autre forme de décès.
En revanche, lorsque la personne éprouvait des regrets sur le moment choisi, de la culpabilité sur la décision, ou qu’elle avait eu le sentiment de ne pas avoir suffisamment participé à la décision avec l’équipe vétérinaire, le deuil pouvait être plus difficile. À l’inverse, un meilleur soutien émotionnel de la part des vétérinaires et du personnel médical était associé à moins de culpabilité.
L’enjeu ne porte donc pas seulement sur l’euthanasie, mais aussi sur la manière dont la décision a été prise, comprise, partagée, préparée et accompagnée.
« J’aurais dû être meilleur » : l’humain réel face à l’humain idéal
La culpabilité peut également naître de la comparaison entre la personne que nous avons réellement été pour notre animal et celle que nous aurions voulu être.
Dans leur étude, Kogan et ses collègues ont étudié ce décalage chez les propriétaires de chiens. Les participants avaient pour mission de comparer la manière dont ils se percevaient réellement avec leur représentation idéalisée du gardien parfait pour leur animal. Plus la différence entre ces deux représentations était importante, plus la culpabilité ressentie était élevée. L’étude ne concernait pas des personnes endeuillées, mais cette notion offre une piste particulièrement intéressante pour comprendre certaines culpabilités après la mort.
Il aurait remarqué immédiatement chaque symptôme. Il aurait toujours été disponible. Il aurait pris soin, joué, interagit toujours suffisamment même dans les périodes de vie compliquées. Il n’aurait jamais perdu patience. Il aurait toujours eu suffisamment d’argent pour tous les examens et tous les traitements. Il aurait trouvé le bon vétérinaire. Il aurait su quand continuer les soins et quand les arrêter. Il aurait su exactement ce dont son animal avait besoin. Et il aurait parfaitement accompagné ses derniers instants.
Mais cet humain idéalisé, naissant de notre envie profonde de faire au mieux pour nos animaux n’existe probablement pas. Notre relation avec un animal s’inscrit dans une vie réelle, avec nos propres limites, nos connaissances du moment, nos soucis et difficultés personnelles, nos ressources, nos obligations et nos imperfections.
Et d’une certaine manière, c’est une bonne nouvelle : cela peut nous inviter à se demander le rapport que nous entretenons avec nous-même et peut-être nous permettre d’abaisser la barre des attentes irréalistes que nous pouvons nous fixer, sans même parfois nous en rendre compte.
Un autre biais assez fréquent peut nous impacter et augmenter le sentiment de culpabilité : il s’agit de juger nos décisions passées avec des informations que nous ne possédions pas lorsque nous les avons prises. Aujourd’hui, nous savons que ce tel symptôme annonçait une maladie grave. Mais à ce moment-là, nous observions peut-être seulement une fatigue inhabituelle.
« Qu’est-ce que je savais réellement lorsque j’ai pris cette décision ? »
et non uniquement :
« Que sais-je aujourd’hui de ce qui s’est passé ? »
Recontextualiser ne signifie pas nier ce que nous aurions aimé faire autrement.
Quand le deuil n’est pas reconnu, la culpabilité grandit
Le deuil animalier possède une autre particularité. Dans mon précédent article sur le deuil, intitulé « Le deuil animalier : une réalité psychologique à reconnaître » , on voit ensemble à quel point ce deuil est excentré de l’acceptation sociale et sociétale. C’est ce qu’on appelle un deuil désavoué (Disenfranchised Grief en anglais).
Il peut donc être minimisé, critiqué, rejeté par l’entourage ou la société. Les phrases suivantes sont malheureusement entendues par beaucoup de personnes et peuvent être dures, violentes même pour les personnes endeuillées :
« Ce n’était qu’un animal. »
« Tu pourras en adopter un autre. »
« Il faut passer à autre chose. »
« Il était malade, tu savais qu’il allait mourir. »
Leonhardt-Parr et Rumble montrent que cette absence de reconnaissance peut participer à l’isolement des personnes endeuillées et leur donner le sentiment que leur souffrance n’est pas socialement acceptable. La synthèse de Hughes et Lewis Harkin retrouve également cette difficulté et souligne que la reconnaissance du deuil et de la souffrance peut même varier selon l’espèce de l’animal.
La culpabilité peut donc rapidement manquer d’espace pour être exprimée, discutée. Ainsi une personne pourrait dire « Je culpabilise terriblement d’avoir accepté l’euthanasie » et recevoir immédiatement « Mais tu n’avais pas le choix, tu ne dois pas culpabiliser. »
Cette réponse cherche probablement à rassurer, pourtant elle peut fermer la conversation et invalider indirectement les sentiments exprimés.
La personne ne cherche pas forcément à être rassurée de ne pas être coupable (la plupart des racines de cette culpabilité concerne non pas des fautes avérées mais des pensées sur les actions, les décisions ou les omissions qui, selon elle, ont eu une conséquence négative), elle cherche surtout à pouvoir exprimer ce qu’elle ressent, parler de ce processus de deuil, partager sur son animal, formuler pour mieux avancer aussi.
Il est possible d’accueillir « Je comprends que cette décision soit si difficile à porter » sans conclure « Tu es effectivement responsable de ce qui s’est passé. »
Pouvoir parler librement de ces pensées permet également de les formuler en nous-même, de les contextualiser, de les laisser nous traverser et de nous aider progressivement à faire notre deuil. Alors si vous êtes un jour confronté à quelqu’un qui a perdu un être cher, prenez le temps de répondre et d’ouvrir la discussion.
Apprivoiser la culpabilité, des perspectives d’apaisement
Après avoir étudié la définition de ce sentiment, son contexte, ses raisons, à l’aide de quelques études que je vous mettrai bien sûr en fin d’article, nous allons maintenant discuter des perspectives possibles d’apaisement, car comment apprivoiser cette culpabilité, sans chercher à la faire disparaître immédiatement ?
Recontextualiser
Plusieurs pistes ont déjà été évoquées, dont l’importance de recontextualiser. Après le départ de notre animal, toutes les informations sont disponibles simultanément. Cela peut conduire à des interprétations, des reconstructions des événements passés selon un prisme qui n’est pas forcément adapté. S’il est aussi important de revenir aux circonstances réelles, c’est pour distinguer cette réalité au moment des faits, de cette histoire que notre souffrance peut nous amener à créer.
Distinguer ce qui dépendait de nous, de ce qui ne dépendait pas de nous
Nous pouvons avoir été responsables de certains choix tout en étant impuissants face à d’autres réalités. Nous ne contrôlons pas entièrement le vieillissement, la maladie, les réactions à un traitement ou la mort. Et parfois, nous pouvons l’oublier, tant notre amour nous pousse à croire qu’il aurait pu tout guérir, sauver, changer. C’est une perspective qui n’est pas facile, je l’entends, mais qui peut remettre les responsabilités à leur juste place, et nous délivrer d’un poids que nous portions sans qu’il ne nous appartienne.
Soi idéalisé face au soi réel
La notion de décalage entre soi réel et soi idéal peut également permettre de questionner la norme avec laquelle nous nous jugeons.
Est-ce que j’attends de moi une perfection qui n’était humainement pas possible ?
Est-ce que je considère que j’aurais dû connaître des informations que je ne pouvais pas connaître ?
Tous ces outils sont importants pour ramener petit à petit de la compassion, de la bienveillance, et de l’espace pour soi-même. Cela ne veut pas dire nier ses erreurs, se trouver des excuses, modifier la réalité. Mais plutôt pouvoir regarder ses limites, ses émotions et sa souffrance sans aller directement à une condamnation de soi-même.
Redonner de la place à toute l’histoire
La culpabilité possède parfois une capacité particulière : réduire plusieurs années de relation à quelques minutes, quelques jours, une décision, un souvenir. Une relation entière peut finir par être regardée uniquement à travers la manière dont elle s’est terminée.
Lorsque cela est possible, dans le respect du rythme propre à chacun, on peut tenter d’élargir notre esprit à toute la temporalité de la vie de notre animal. Encore une fois, cela n’est pas évident mais il me semble que ce soit une étape importante. Cela peut permettre de remettre progressivement les derniers instants à leur juste place, ils appartiennent à l’histoire, à son histoire, à votre histoire.
Mais ils ne sont pas toute l’histoire.
Il existe aussi tous les jours précédents. Les habitudes qui ont grandi et évolué avec le temps. Les premiers moments, lorsque cet animal est entré dans nos vies. Les aventures et les rires. Les soins. Les moments ordinaires du quotidien. Les gestes d’affection. Les difficultés. Les imperfections. Les moments où nous avons essayé de comprendre et de protéger cet animal avec les moyens dont nous disposions.
Il ne s’agit pas d’effacer la fin. Il s’agit de ne pas laisser la fin devenir l’unique mesure de toute une relation. Et oui, cela peut prendre du temps. Il est tout à fait normal qu’une période centrée autour de la fin de vie arrive. La perte d’un animal peut être très violente, douloureuse, choquante. Notre cerveau avance lui aussi à son rythme pour apprivoiser cette nouvelle réalité.
Le lien continue autrement
Lorsque notre animal s’éteint, nous pouvons avoir la sensation d’être complètement seuls. Qu’il n’est plus là. Que le froid a envahi notre coeur, notre corps et notre réalité.
Il n’est plus là, dans ce corps qu’on a tant aimé, chéri, admiré, caressé. Il n’est plus là, dans ces activités, ces rituels, ces détails du quotidien. Et bien sûr, rien ne remplacera jamais sa présence. Pourtant, continuer une forme de lien après son départ peut nous aider.
La synthèse de Hughes et Lewis Harkin sur les « continuing bonds », les liens qui continuent après la mort, montre que maintenir une relation intérieure avec l’animal peut faire partie du processus de deuil.
Certaines personnes ont à cœur de faire perdurer la présence de leur animal dans le foyer et dans leur quotidien. Elles peuvent ainsi créer un petit espace où sont réunies des photos, des affaires, des souvenirs, parfois même accompagnés de son urne magnifiquement gravée de son prénom. D’autres personnes continuent d'amener leur animal en balade, dans leur cœur, en prenant leur collier. D’autres n’éprouvent pas ce besoin et continuent d’aimer, de penser en silence à leur animal, le portant toujours dans leur cœur et leur esprit.
Il existe une infinité de possibilités. Les souvenirs, les rituels, les objets, les pratiques commémoratives ou simplement la place que l’animal continue d’occuper dans notre histoire peuvent contribuer à maintenir ce lien sous une autre forme.
Lorsque ma chatte Luna est partie, j’ai créé un espace dans ma maison rien que pour elle. J’ai pris tout le temps dont j’avais besoin pour retirer sa litière et ses affaires. Je lui écrivais un mot chaque jour, pendant des semaines.
J’ai mis 2 ans à laver le plaid qu’elle aimait et sur lequel elle a rendu son dernier souffle. Luna a toujours été le centre de ma vie, et lorsqu’elle est partie, tout s’est écroulé. C’est comme si j’avais perdu tout ce qui me maintenant debout.
Aujourd’hui, cela fait déjà bientôt 3 ans. Luna est toujours au centre de ma vie. Sa photo est toujours posée sur mon chevet, ainsi que sa brosse qui contient toujours ses poils. Dans mon bureau, des photos, un album, des dessins réalisés à son égard.
Son urne trône sur un magnifique buffet breton dans notre salon, entourée de photos, de souvenirs et d’une rose éternelle. Mon métier lui aussi, s’est construit autour d’elle, de sa vie et de sa perte. Je la porte chaque jour dans mon cœur.
Trouver un espace où pouvoir déposer ce qui est vécu
Il est grand temps que le deuil animalier soit pris à la hauteur de ce qu’il est. Que le tabou de la mort laisse place au soutien et à la reconnaissance du lien.
Car tous ceux qui ont aimé un animal savent à quel point ils sont importants, précieux, indescriptibles dans leur présence, leur caractère, leur manière d’interagir avec nous. Le lien avec un animal peut être aussi fort et même bien plus fort que ceux qu’on peut entretenir avec nos pairs.
N'hésitez pas à demander de l’aide, à solliciter des professionnels ou des personnes de confiance. Parce que oui, certaines culpabilités ont besoin d’être parlées. Une personne endeuillée peut avoir besoin de soutien, d’écoute, d’aide.
Cela peut être avec une personne de confiance, dans un groupe de parole encadré, avec un professionnel spécialisé dans le deuil animalier. Avec un psychologue ou un professionnel de santé (psychiatre, médecin) lorsque la souffrance devient particulièrement envahissante. Et si par malheur, vous tombez sur une personne qui ne comprend pas votre peine, continuez votre démarche.
Votre souffrance mérite d’être prise au sérieux.
Lorsque la culpabilité devient permanente, empêche de dormir, envahit les souvenirs, conduit à une condamnation constante de soi ou rend le quotidien difficile à traverser, demander de l’aide peut permettre de ne plus porter seul cette expérience.
Si des pensées suicidaires, une détresse constante, des symptômes d’anxiété récurrents sont présents, rapprochez-vous d’un médecin ou d’un professionnel. Le numéro 3114 peut également être sollicité par vous-même ou par un proche dans le cas d’idées suicidaires.
L’objectif n’est pas d’oublier, de « passer à autre chose » ou de supprimer toute culpabilité. Mais plutôt d’avoir un soutien, un ancrage, un espace où l’on peut s’exprimer, pleurer, parler de son animal, raconter, apprivoiser cette nouvelle réalité.
Et progressivement, comprendre ce qui s’est passé, redonner du contexte aux décisions prises et apprendre à vivre avec une histoire dont nous aurions parfois profondément souhaité pouvoir changer la fin.
Si vous êtes arrivés jusque-là, merci d’avoir pris le temps de m’avoir lue. J’espère que ces mots, ces explications auront pu répondre aux questions que vous vous posiez sur la culpabilité. L’espace des commentaires est désactivé à cause des spams mais n’hésitez pas si vous souhaitez partager à utiliser le formulaire de contact, à me contacter par mail ou sur les réseaux sociaux.
Coline
Sources
Kogan, L. R., Bussolari, C., Currin-McCulloch, J., Packman, W. & Erdman, P. (2022). Disenfranchised Guilt—Pet Owners’ Burden. Animals, 12(13), 1690.
Leonhardt-Parr, E. & Rumble, B. Coping with Animal Companion Loss: A Thematic Analysis of Pet Bereavement Counselling. OMEGA.
Hughes, B. & Lewis Harkin, B. The Impact of Continuing Bonds Between Pet Owners and Their Pets Following the Death of Their Pet: A Systematic Narrative Synthesis. OMEGA.
Cleary, M. et al. (2022). Grieving the loss of a pet: A qualitative systematic review. Death Studies, 46(9), 2167–2178.
Bussolari, C. J. et al. (2018). The euthanasia decision-making process: A qualitative exploration of bereaved companion animal owners. Bereavement Care, 37(3), 101–108.
Silva, M. V., Santos, R. R. & Barbosa, M. (2025). Euthanasia and prolonged grief: A cross-sectional study with bereaved pet owners. Journal of Veterinary Behavior, 79, 60–67.
Bussolari, C. et al. Self-Compassion, Social Constraints, and Psychosocial Outcomes in a Pet Bereavement Sample. OMEGA.
Eisma, M. C. et al. (2026). Undoing death: Counterfactual thinking and emotional adaptation to bereavement. Journal of Behavior Therapy and Experimental Psychiatry.

